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transportparis - Le webmagazine des transports parisiens
22 juin 2020

Etat - IDFM : le torchon brûle

Voici une analyse qui tombe bien. L'occasion de faire d'une pierre deux coups !

Un black-out dans les transports franciliens dès le 8 juillet ?

La Présidente de la Région Île de France ne cesse de le répéter dans tous les médias : si l'Etat n'assume pas les conséquences du confinement  sur l'économie des transports franciliens, évaluées à 2,6 MM€, Île de France Mobilités se retrouvera en situation de cessation de paiement. L'échéance se confirme : la déclaration pourrait intervenir le 8 juillet. Au-delà, ce serait le plongeon dans l'inconnu, sachant que l'expédient de la dette est interdit par la loi : les collectivités locales peuvent s'endetter pour investir, mais pas pour couvrir des dépenses de fonctionnement.

L'Etat n'a manifestement pas entendu - disons plutôt qu'il ne veut pas entendre - le message, porté par toutes les collectivités, le GART, l'UTP, la FNAUT nationale et francilienne... et même quand les grands industriels français du secteur se joignent à la Région dans une tribune publique. Une indemnité de 435 M€ aurait été avancée par Bercy. 15% du besoin. À Bercy, on reproche le remboursement des abonnements pour esquiver le sujet... témoignant de tout l'intérêt du gouvernement en matière de transports en commun, pour ceux qui en auraient encore douté.

Ile de France Mobilités envisage donc deux scénarios - sans aucune limite de durée - tout aussi insupportables l'un que l'autre :

  • au mieux, une réduction de l'offre au tiers de la desserte de plein été ;
  • au pire, l'arrêt de tous les services Transilien, RER, métro, tramways.

L'hypothèse d'une augmentation d'au moins 20 € par mois des abonnements est écartée mais a été semble-t-il chiffrée pour montrer les impacts de la surdité de l'Etat : la Région considère que les franciliens n'ont pas à payer les conséquences de la situation. Ils la paieront de toute façon puisque de tels scénarios catastrophes placeraient la population dans une situation sans autre issue que de prendre la voiture... pour ceux qui en ont une, ou de se mettre au vélo pour les distances compatibles.

La position de l'Etat est donc non seulement une injure aux collectivités locales mais aussi aux utilisateurs des transports en commun. La situation étant similaire dans ses principes dans toutes les autres villes, il semble donc que l'Etat a bien un réel problème - psychologique  - dans ses relations avec les collectivités qui éclate au grand jour depuis 2017... C'est au moins un point positif du gouvernement : il ne fait pas de différence sur ce point entre les franciliens et les provinciaux et fait preuve d'une certaine constance depuis 3 ans... mais pas dans le bon sens !

Le 18 juin dernier, Valérie Pécresse en touchait un mot directement à Emmanuel Macron en marge des cérémonies au Mont Valérien. Manière de dire que le problème est à Matignon ? Serait-elle considérée comme une rivale potentielle d'Edouard Philippe ? Ou est-ce le message de la dernière chance ?

Alors que la campagne du second tour des municipales a repris, en vue du scrutin du 28 juin, Valérie Pécresse a reçu le soutien d'Anne Hidalgo qui se place sur la même longueur d'onde à l'encontre du gouvernement, une fois n'est pas coutume. En revanche, silence radio dans l'équipe d'Agnès Buzyn, dont on peut quand même comprendre l'embarras...

L'Etat ne doit pas oublier est aussi l'unique actionnaire des principaux opérateurs franciliens qui, en principe, devraient se retourner vers l'Etat en cas de cessation de paiement d'Ile de France Mobilités ! A supposer qu'Ile de France Mobilités engage la procédure de cessation de paiement, les opérateurs se retourneront vers lui, d'autant qu'il est actionnaire direct ou indirect de la plupart d'entre eux (puisqu'il ne faut pas oublier les réseaux Optile).

Sans compter le risque social dans les entreprises... et parmi les usagers...

En arriver à cet extrême, en 2020, alors qu'on a été bien moins regardant à la dépense pour d'autres secteurs dont on peut dans l'absolu tout autant discuter l'utilité (car même le salarié de Renault ou d'Air France peut avoir besoin des transports publics pour aller travailler !), en dit long sur l'état de déconnexion de l'Etat par rapport à la réalité quotidienne du pays.

M. Macron a pourtant dit « quoi qu’il en coûte »...

Et pendant ce temps, le VDV allemand (l'union des transports publics en Allemagne) a obtenu un premier plan de soutien de 2,6 MM€ de la part de l'Etat.

Une gestion correcte mais des questions rémanentes 

Les résultats de l'audit de la Chambre régionale des Comptes tombent à point nommé. Il a duré 2 ans et s'est penché sur la période 2013-2019. On y retrouve quelques sujets qui ont été un peu oubliés par le temps qui passe. Heureusement, la Cour veille au grain. Si elle donne plutôt un satisfecit à la gestion de l'institution, elle pointe donc deux dossiers :

  • l'impact du tarif unique du Navigo, évalué a posteriori à 485 M€ par an, par rapport à une évaluation initiale de 500 M€ annuels : c'est bien dans la cible...
  • le financement de l'exploitation du Grand Paris Express, évalué en régime de croisière à 1,5 MM€ par an : on attend encore les décisions pour financer le service sur les 4 lignes de métro et le prolongement de la ligne 14... Et là encore, c'est en grande partie un sujet de l'Etat puisque la SGP, c'est lui !

Néanmoins, la CRC s'interroge sur la trajectoire financière du syndicat des transports d'Ile de France. Les investissements ont augmenté de 80% depuis 2013 et il n'y a guère matière à critiquer les opérations engagées, de son ressort, notamment sur le principe de renouvellement du matériel roulant, les pôles d'échanges, l'accompagnement de l'évolution des infrastructures pour la qualité de service, la mise en accessibillité des principales gares du réseau ferroviaire. L'audit ne conteste pas l'utilité de ces opérations qualifiée d'évidente.

Mais près de 23 MM€ d'investissements à venir d'ici 2030 et 27 MM€ même en incluant le remboursement de la dette... comment y faire face ? Les emprunts sont quasiment à leur niveau maximal. Par conséquent, il va falloir jongler entre une hausse des recettes et une modération voire une baisse des dépenses.

Les rentrées supplémentaires pourraient provenir soit de nouveaux dispositifs décidés entre la Région et l'Etat, soit d'une hausse des tarifs voyageurs. On mesure a posteriori les conséquences du tarif unique des abonnements, qui avait déjà suscité de nombreuses réserves face à cette promesse politique électoraliste.

Pour la modération des dépenses, la performance de l'exploitation reste un important levier de productivité, notamment sur les réseaux de surface : chaque km/h de vitesse commerciale gagné représente des millions d'euros économisés, ce qui veut dire qu'il faut encore plus prendre garde aux évolutions d'aménagement urbain qui ont de plus en plus tendance à oublier l'impact sur le fonctionnement des services d'autobus.

Il faudra également évaluer l'impact de la mise en concurrence progressive des réseaux dont l'allotissement est en cours de définition : il y a peut-être matière à modérer les dépenses annuelles, mais il faudra être prudent compte tenu de la complexité du système de transport francilien, en particulier les réseaux RER et Transilien. Il y a d'ailleurs de l'ambiance entre Ile de France Mobilités et ses deux principaux opérateurs : le contrat avec la SNCF n'est toujours pas signé et une révision de la relation avec la RATP est envisagée. Désaccord sur les coûts et sur la lecture du document. La RATP demande la prise en charge par IDFM de 90% du coût des conséquences de la crise sanitaire... mais l'autorité organisatrice évoque la remise en cause générale de l'équilibre du contrat par la crise. A chacun sa lecture... et à la Région de rappeler que la RATP dispose d'un monopole qui court jusqu'en 2039 sur une partie de son périmètre, et qu'elle pourrait améliorer ses prestations d'ici là... Les formules de politesse sont restées confinées !

L'évolution de l'offre est une donnée essentielle : dans une temporalité longue, il y aura besoin d'augmenter la capacité pour encourager encore un peu plus au report modal, mais il faudra aussi évaluer les conséquences de la crise sanitaire et du coup d'accélérateur donné au télétravail et à l'usage du vélo, qui pourraient écrêter les pointes.

La CRC suggère donc en conclusion de différer certains investissements programmés, car seulement 30% de la programmation a fait l'objet d'engagements budgétaires, et appelle à une augmentation des ressources du syndicat. Reste à savoir quel équilibrage entre les futurs contributeurs...

Post-scriptum

Interrogée le 30 juin sur LCI, Valérie Pécresse confirme avoir notifié aux opérateurs la cessation de paiement de Ile de France Mobilités au 8 juillet. La fin de non-recevoir de l'Etat sur les conséquences du confinement fait tâche alors que l'Etat semble vouloir utiliser de l'encre verte (recyclable) pour écrire tous ses discours. Mais dans les actes...

Sauf revirement d'ici le 8 juillet, l'Etat devra donc prendre en charge la situation puisqu'il est actionnaire direct ou indirect des principaux opérateurs !

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Commentaires
O
MISE A JOUR - 30.06.2020<br /> <br /> <br /> <br /> Mise à jour suite aux dernières déclarations de V. Pécresse ce jour sur LCI. L'Etat devra gérer les conséquences de la cessation de paiement du STIF. RATP et SNCF se retourneront-elles contre leur actionnaire ?<br /> <br /> Restent 8 jours pour éviter l'impasse mais on ne sent pas l'Etat motivé pour prendre l'aiguillage...
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T
Heu, quelqu'un pourrait se rappeler qu'IDF-Mn en tant que personne morale de droit public, ne peut ni se trouver en état de faillite, ni en cessation de paiement ??? <br /> <br /> <br /> <br /> Que les caisses seront vides le 8 juillet, c'est bien parti pour...<br /> <br /> Par contre IDF-M demeurera un EPA... établissement public à caractère administratif.<br /> <br /> <br /> <br /> En ce cas, les collectivités membres doivent mettre au pot sur mise en demeure du préfet.<br /> <br /> En cas de non réponse, le préfet de région impose le versement des sommes requises du compte des collectivités vers IDF-M.. par un simple arreté !<br /> <br /> <br /> <br /> Après Les collectivités devront lever l'impôt... pour compenser
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G
En tout cas, l'IdF« post-Covid » ressemble beaucoup à ce qu'on connaissait avant :<br /> <br /> <br /> <br /> « Pollution à l'ozone : La « circulation différenciée » mise en place ce jeudi dans l'agglomération parisienne »<br /> <br /> https://www.20minutes.fr/paris/2807051-20200624-pollution-ozone-circulation-differenciee-mise-place-jeudi-agglomeration-parisienne
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O
Etonné de vous voir entrer dans des polémiques politiciennes ces derniers temps, vous êtes d'habitude vraiment à un niveau plus haut.<br /> <br /> <br /> <br /> C'est évident que ces pointages de doigts ont plus à voir avec les régionales et les petites querelles d'égo qu'avec le fond du sujet. Ça arrange bien l'administration Pécresse de se dédouaner de toute responsabilité, sur ce sujet comme sur beaucoup, alors que la fragilité du financement d'IDFM est soulignée depuis des années par la Cour des comptes https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/06/17/la-cour-des-comptes-alerte-sur-l-impasse-budgetaire-des-transports-en-ile-de-france_6043139_3234.html<br /> <br /> <br /> <br /> Plus généralement, pourquoi pas en finir avec la victimisation et les comparaisons sans valeur ? L'État a soutenu Air France dont il est actionnaire principal, et que l'activité s'est effondrée largement plus que la SNCF. L'État allemand aurait soutenu Lufthansa de la même façon s'il en avait été actionnaire...Et l'État vient de reprendre 30G€ de dette du train français.
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D
La seule solution ? Augmenter drastiquement le prix du billet (x2 ?) : ça fait moins- de voyageurs dans les TC, donc ça roulera mieux, et ça demandera moins- d'investissement liés à la surfréquentation de 2019.
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N
Quels gros groupes vont se risquer dans des affaires qui ne rapportent pas un radis? La privatisation, seulement des lignes qui rapportent, celles qui perdent de l(argent resteront dans le domaine public. Les gros groupes ne sont pas gros pour faire du social, d'abord des profits pour rémunérer les actionnaires, verser des bons salaires aux cadres dirigeants, le social limité à l'humanitaire, le samedi soir une fois par an, c'est déjà une bonne publicité.
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L
N'y a t il pas une volonté de l'état d'accélèrer la privatisation des transports en acculant les acteurs actuels jusqu'à ce de gros groupes reprennent la main et "éponge" la dette ?
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R
Le cynique en moi y voit non pas un dénigrement des transports publics (le gouvernement actuel a bien vu l'impact des grèves de décembre-janvier dernier, surtout en IdF) mais "simplement" un dossier que l'État veut tenter de refiler aux collectivités pour ne pas sortir les aides de son propre budget. Pour l'industrie automobile et aéronautique, aucun autre organisme que l'état ne peut empêcher les faillites. Pour les transports publics, il y'a les régions/métropoles/agglos, "laissons les se démerder".<br /> <br /> <br /> <br /> Salutations
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T
La hausse du prix du pass Navigo (piste à exclure) pourrait dissuader les Franciliens à prendre les transports en commun. <br /> <br /> <br /> <br /> Sans aide de l'État, ni hausse du pass Navigo, plusieurs investissements risquent d'être reportés (achat de nouveaux trains MI NG pour le RER B, des RER NG supplémentaires pour le RER D (remplacement total des Z 2N) et le prolongement du RER E et de 15 MP 14 supplémentaires pour la ligne 11 du métro, etc,...), voire dans le pire des cas, remis en cause.
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C
Surtout le meilleur moyen de mettre un sacré coup de pression sur le gouvernement...
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I
Même réponse que d'habitude : que tous les Français, d'Île-de-France et d'ailleurs, donnent leur avis sous forme d'un bulletin de vote.<br /> <br /> <br /> <br /> Ça tombe bien c'est dimanche !
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E
Malgré que le STIF et les autres régions n'aient pas grand chose à voir tant sur les compétences, que sur l'offre ou encore le budget. On remarque quand même que les régions encaissent mieux, notament en s'appuyant sur les budgets régionnaux. <br /> <br /> <br /> <br /> Je ne remet pas en cause non plus la responsabilité de notre cher gouvernement... quand on sait que le VT représente la principale source de revnus du STIF et que le versement de celui-ci a été suspendu par le gouvernement.<br /> <br /> Quand à une -éventuelle- aide du gouvernement, elle arrivera surement à la veille du faux "BlackOut": un Syndicat Mixte ne peut être en cessation de paiment et va devoir soit ouvrir de nouvelles lignes de crédit ou rompre (ou amander) ses contrats.<br /> <br /> <br /> <br /> Attention tout de même à ne pas tout mélanger : la cour de compte nous parle de gestion nominale sur la période 2013-2015 et non d'une gestion en temps de crise. Je ne vois pas pourquoi les deux se retrouve mélangés !<br /> <br /> Car, si il y a des lacunes (importantes) dans le budget d'IDFM, en période de crise, l'organisme n'a ici pas grand chose à se reprocher (si ce n'est que son provisionnment est nul alors qu'il était encore de 280M€ en 2015 et aurait donc permit de mieux encaisser surtout si celui-ci avait été augmenté).
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V
Quand on pense au bien-fondé des transports... Au rôle majeur qu'ils sont appelés à jouer si l'on veut sauver la planète de la crise climatique... C'est écœurant. Pourquoi un tel mépris envers les transports en commun ? Pourtant les gens les prennent, il y a une demande, massive ! On arrête pas de réclamer des renforts, partout, plus d'investissements, plus de prolongements ! Il y a un paradoxe qui m'est insupportable : comment une composante aussi essentielle du fonctionnement de notre pays peut-elle se retrouver dans une telle impasse ?
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J
"la Région considère que les franciliens n'ont pas à payer les conséquences de la situation"<br /> <br /> Mais de toute façon ils vont la payer (comme les autres), que ce soit par l'intermédiaire de la tarification ou des impôts ne changera qu'un peu le délai et la répartition.
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C
Si les scénarios alarmistes devaient arriver d'ici début juillet, je serai curieux de voir quelles têtes vont tomber.<br /> <br /> Parce que l'arrêt complet des transports publics ou même la réduction de l'offre au tiers de l'offre en période vacances dans tout l'iDF va créer une polémique monstre qu'il sera difficile d'éteindre.<br /> <br /> <br /> <br /> Sans compter les dommages pour l'image de la France dans le monde : imaginez le titre des journaux mondiaux : "l'ensemble des transports publics de Paris à l'arrêt faute de financement".<br /> <br /> Déjà que les grèves "à répétition" (image certes exagérée, mais qui existe dans certains pays voisins de la France, tel que la Suisse) et les manifestations continuelles des gilets jaunes ne facilitaient pas les choses...
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G
Hum... L'enjeu du déconfinement, c'est bien de relancer vigoureusement l'activité pour éviter que la récession s'installe durablement. Ce n'est pas avec des raisonnements d'épicier qu'on y arrivera, encore moins quand on parle d'investissements stratégiques.<br /> <br /> <br /> <br /> La seule issue positive ici serait la participation de l'État, « quoi qu'il en coûte ».
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Q
Bon ne certes pas une surprise, mais c'est devenu officiel par une interview à RTL, ce matin du ministre des transport, les premiers tronçons des futures lignes 16 et 17 ne seront pas prêts en 2024 pour les jeux olympiques.<br /> <br /> <br /> <br /> Pour l'abonnement au tarif unique, ça sera quasiment impossible d'y revenir.<br /> <br /> <br /> <br /> Si IDF-Mobilité manque tant d'argent, qu'ils commencent déjà à lutter réellement contre la fraude. Exemple sur le tramway T1, c'est open bar avec un énorme différentiel entre la fréquentation validée et celle réelle.<br /> <br /> Et qu'ils arrêtent de choisir les solutions les plus onéreuses : tram sur pneu, prolongement de la ligne 14 au lieu de reprise d'une branche de la 13, nouvelle signalisation entre Châtelet-les-Halles et Gare du nord aussi chère qu'un nouveau tunnel supplémentaire ...
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