CDG Express : un jugement aux conséquences lourdes pour le nord parisien

Les espèces protégées font pour l'instant trébucher CDG Express. Après la requête en juin 2019 de la commune de Mitry-Mory, le jugement du Tribunal Administratif de Montreuil a partiellement annulé l'autorisation environnementale et l'arrêté autorisant les travaux de la liaison rapide Paris - Roissy, avec effet suspensif. Les conséquences sont évidemment lourdes, et vont bien au-delà de ce seul projet puisque ce verdict impacte l'ensemble des travaux ferroviaires au nord de Paris.

Le Tribunal a considéré que la « raison impérative d’intérêt public majeur » ne pouvait être retenue pour passer outre la réglementation sur les espèces protégées. En outre, et cela semble plus préoccupant pour les projets de transport, le verdict semble fonder son argumentation sur une analyse du dossier par rapport à la conjoncture actuelle et non - comme c'est en principe le cas - en vérifiant la cohérence du dossier dans la situation de référence. Appliqué à d'autres projets, tous seraient potentiellement retoqués étant donné que le trafic actuel est très inférieur à celui qui est pris comme socle de l'évaluation socio-économique.

Il y aura certainement des suites, compte tenu de la forte sensibilité des projets ferroviaires du nord parisien, car il est essentiel de préserver les travaux prévus, notamment sur le RER B. Il faudra aussi évaluer les conséquences sur le coût du projet.

Triangle de Gonesse et ligne 17 : destins croisés

Les conclusions de la mission confiée au préfet Francis Rol-Tanguy sur le devenir des projets d'aménagement du Triangle de Gonesse, dont la ligne 17 du Grand Paris Express, identifient, d'après Le Parisien,  3 scénarios théoriques :

  • la poursuite du projet initial, qui dispose d'autorisations administratives mais dont la viabilité économique n'est pas avérée ;
  • la reconfiguration du projet qui ne porterait plus que sur 110 des 280 hectares envisagés, et qui pourrait justifier la création de la station de la ligne 17 ;
  • l'abandon complet et le maintien de la vocation agricole du site.

M. Rol-Tanguy esquisse par ailleurs une réorientation du projet de la ligne 17 vers la gare de Villiers le Bel, qui n'est absolument pas compatible avec le tracé défini par la loi et avec les premières travaux en cours de réalisation dans le secteur du Bourget.

Le fait est que la ligne 17 soit assez largement motivée par l'urbanisation du Triangle de Gonesse, qui devait générer 40% de la fréquentation de cette ligne, pose inévitablement la question de la poursuite de ce projet évalué à 2,7 MM€ (conditions économiques de 2012) pour 60 à 80 000 voyageurs par jour.

Desserte de Roissy : on fait quoi ?

Les deux dossiers ne sont certes pas liés mais ils ont assurément 3 points communs :

  • un rôle fort de l'Etat dans leur émergence et leur portage ;
  • la desserte de Roissy et une concurrence entre les 2 projets (territoires desservis, tarification, fréquence) ;
  • le fort clivage parmi la population, les associations et les élus locaux.

Cette situation est aussi la conséquence d'un déficit de vision d'ensemble sur ce territoire, déjà soulevé par transportparis dans le dossier consacré à la desserte de Roissy. L'urgence est donc bien à sécuriser les chantiers ferroviaires essentiels à la desserte du nord parisien, tant pour d'évidentes raisons industrielles (programmation des travaux) que pour limiter dans la mesure du possible une crispation déjà vive sur CDG Express.

Pour autant, étant donné l'avancement des travaux, l'heure des choix sans frais est assurément dépassée.