La ligne TZen2 en projet devrait relier en 2024 la gare de Melun au centre commercial Carré Sénart, sur un itinéraire de 17 km en partie en site propre. Dans la traversée de Melun, ce BHNS marchera sur les traces de l’éphémère tramway de Melun, qui a de longue date sombré dans l’oubli et sur lequel nous revenons dans ce dossier de transportparis, évoquant également la ligne de Barbizon.

Le tramway aux origines de la desserte de Melun

Comme à Fontainebleau, la position de la gare est excentrée par rapport à la ville. Melun comptait 13 000 habitants au début du 20ème siècle, et connaissait un développement industriel sur sa partie sud tandis que de nouvelles casernes étaient construites au nord sur le plateau de la Brie. Le banquier Louis Caget proposa au Conseil Municipal l’établissement d’un tramway mécanique, approuvé par la ville le 1er septembre 1899 et déclaré d’utilité publique le 8 octobre suivant. Il fonda parallèlement la Société des tramways melunais.

Le 24 octobre 1901, le tramway était mis en service, finalement en traction électrique. D’une longueur de 2,53 km, il reliait la gare du PLM au centre-ville.

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La rue Saint Aspais, la plus commerçante de la ville, accuillait le tramway, symbole de modernité, manifestement comme le photographe de cette carte postale puisque tout le monde ou presque prend la pose, à commencer par les plus jeunes.

La fréquentation du réseau était globalement faible mais marquée par des pics de trafic ponctuels : à l’arrivée des trains de Paris évidemment, pour les foires locales et pour les permissions militaires. Le service était assez intense avec un intervalle de 7 minutes de la gare à l’évitement du Coin-Musard, la desserte des casernes étant plus squelettique. Le service était assuré à l’aide de 5 motrices Brill de 36 places et 3 remorques.

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Le franchissement des deux bras de la Seine constitue l'axe principal de Melun. Le tramway s'apprête à remonter la rue Saint Aspais. Néanmoins, le site a bien changé aujourd'hui...

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Melun - Pont Jeanne d'Arc - 24 février 2018 - Ce Citaro circulant sur la ligne N s'engage sur le pont Jeanne d'Arc. Il vient de quitter le quai Pasteur qui n'existait pas lorsque la carte postale ci-dessus a été réalisée. © transportparis

Très lié au trafic militaire entre les casernes et la gare, le petit tramway subit de plein fouet la première guerre mondiale : les militaires étaient au front, les foires ont cessé, la population civile se déplaçait moins et de surcroît, les coupures électriques devinrent de plus en plus régulières. L’exploitation du tramway fut interrompue le 31 janvier 1917.

La mise en faillite de la compagnie le 22 mai 1924 mit définitivement fin au tramway à Melun. Le matériel roulant fut cédé au réseau voisin de Fontainebleau et rejoint Cannes en 1924 pour reconstituer une partie du parc détruit par l’incendie du dépôt. L’une des motrices melunoises fut une nouvelle fois cédée, en 1941, au réseau de Bourges, où elle circula jusqu’à la fin du réseau berrichon en 1949.

Le tramway Sud Seine et Marne

Melun fut aussi la tête de ligne d'une ligne secondaire à destination de Barbizon et Milly la Forêt : les deux branches se séparaient à Chailly en Bière. Le député-maire de Melun en fut l'un des ardents partisants, pour le développement économique de sa ville : la ligne fut inscrite au plan Freycinet. Elle devait non seulement faciliter l'acheminement des productions agricoles sur les principaux marchés, dont celui de Melun : l'activité forestière était assez soutenue dans cette région, et plusieurs minoteries s'étaient installées, profitant de la proximité des grands territoires céréaliers et des rivières alimentant naturellement les moulins. S'ajoutait aussi l'attrait touristique de Barbizon.

La déclaration d'utilité publique d'une ligne Melun - Barbizon ne fut prononcée qu'en 1897 après la levée de l'opposition du ministère de la guerre, considérant que la construction d'un grand nombre de voies ferrées autour de Paris en favorisait l'invasion par l'armée allemande (c'est dire la confiance de l'Etat dans ses troupes...). Le 26 mars 1899, le tramway à vapeur relie la gare de Melun à Barbizon en passant par Dammarie. La branche de Milly la Forêt, déclarée d'utilité publique en 1902, fut réalisée assez lentement puisque sa mise en service n'intervint que le 1er avril 1910, six mois avant son inauguration officielle.

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La station de départ du tramway de Barbizon, voisin du terminus du tramway urbain, en était cependant séparé.

Le TSM disposait de 5 locomotives à vapeur et d'une vingtaine de voitures pour le transport des voyageurs. L'exploitation au départ de Melun était coordonnée avec les trains du PLM pour faciliter les correspondances. En 1922, le TSM se dota de deux petits autorails à essence pour diminuer les coûts du service. Barbizon pouvait alors être reliée à Melun en 40 minutes et Milly en 1h15 avec correspondance à Chailly en Bière.

Etablies à voie métrique, l'essor du trafic de ces lignes fut brutalement interrompu par la guerre : déficit, infrastuctures et matériel roulant peu entretenus entrainèrent la faillite du TSM et sa reprise par la Société centrale de chemin de fer et d'entreprises (SCFE) en 1927. Néanmoins, le déclin du chemin de fer fut amplifié par l'apparition de l'automobile et de l'autocar. Le 31 juillet 1938, l'antenne de Milly est abandonnée. La desserte de Barbizon ne survit que le temps d'un dernier été de paix. Les autocars remplacèrent les trains tant qu'il y avait du carburant et ne revinrent qu'après l'armistice.