Aller vite ou bien desservir un territoire ?

La deuxième phase de T13 prévoit une antenne de Sain- Germain GC (station rebaptisée Lisière Péreire) à Achères Ville pour rejoindre la branche de Cergy du RER A. Le schéma initial prévoyait une utilisation maximale de la Grande Ceinture, quitte à ne pas desservir le centre de Poissy, avec la réouverture de la gare de Poissy GC, excentrée au sud-est de la ville. Schéma initial, car finalement, il a été abandonné au profit d'une solution pragmatique... dont on se demande pourquoi elle n'a pas été choisie dès l'origine des études.

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Forêt de Saint-Germain - 26 juillet 2013 -  En direction d'Achères, la Grande Ceinture traverse la forêt domaniale de Saint Germain, où on peut rencontrer quelques golfeurs maladroits, et parfois quelques biches... voire un photographe. © transportparis

La phase 2 du projet T13 illustre les méfaits du dogme consistant à réutiliser par principe l'emprise ferroviaire délaissée, sans se soucier de l'utilité finale. Ne desservir que la gare excentrée de Poissy GC aurait assurément plombé l'utilité de cette ligne, car le passage à l'écart du centre de cette commune et par exemple du site d'un grand constructeur automobile - encore - pourvoyeur d'emplois n'aurait pas procuré de correspondances avec  le RER A et la ligne J (réseau Saint Lazare, groupe V), avant que celle-ci ne soit remplacée par le RER E. Elles auraient été tributaires d'une gare nouvelle baptisée Achères Chêne Feuillu, située à la pointe Ouest du raccordement des Ambassadeurs, à moins de 500 m de l'actuelle gare Achères Grand Cormier, au trafic déjà insignifiant. Les études d'exploitation montraient que la desserte de cette gare par les deux lignes de RER relevait de la mission impossible, sauf à mettre complètement à plat l'ensemble de leur grille horaire. Bref, un maximum de complications (restons polis) pour un coût lui aussi des plus élevés.

T13 à Poissy, c'était la déclinaison des gares TGV à l'écart du réseau classique. Un loupé en puissance !

Notre proposition... en partie entendue !

La proposition de transportparis part du principe qu'il faut desservir le centre de Poissy et sa gare, bien placée au centre de la ville et disposant de 2 gares routières (dont l'une au sud, objectivement exiguë) et donc abandonner le dogme de l'usage de la Grande Ceinture... non seulement entre Saint-Germain et Poissy mais aussi jusqu'à Achères, pour une raison évidente : desservir la population, les zones d'emplois et les équipements publics plutôt que s'obstiner à les contourner. Certes, le temps de trajet de Saint-Germain GC à Achères Ville serait plus long, mais il fait gagner du temps - même un peu moins - à beaucoup plus de monde, et assure d'emblée la connexion avec la gare de Poissy.

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Cette solution a été en partie intégrée dans l'avis de la commission d'enquête publique de la phase 2 en 2014, présentée en concertation en 2016 et approuvée en mai 2018. La phase 2 rejoindra donc le boulevard Gambetta jusqu'à la gare et empruntera ensuite le boulevard de l'Europe en desservant au passage la ZAC baptisée EOLES, important programme de logements dont la construction a déjà débuté en 2017, avant de rejoindre le raccordement des Ambassadeurs et le tracé initialement prévu. Le tram-train devra, donc toujours, en quelques centaines de mètres, changer 2 fois de système de signalisation et de tension d'alimentation : question fiabilité et simplicité, on a connu mieux !

Notre proposition allait cependant bien plus loin, dans une approche pragmatique :

  • puisque T13 doit rejoindre la RD190 (boulevard Gambetta) pour atteindre la gare de Poissy, autant qu'il l'emprunte dès le début ! Il faut abandonner la Grande Ceinture dès la gare de Saint Germain GC, ce qui évite la traversée du golf. T13 peut récupérer le terre-plein de l'ancien tramway des Chemins de fer de Grande Banlieue, avec à la clé une simplification du tracé et un raccordement à la voirie nécessitant d'importants travaux et une courbe négociée à faible allure ;
  • après la gare de Poissy, T13 empruntera le boulevard de l'Europe, cherchant à passer dessous la RD30, et longeant ensuite les voies ferrées par les allées Saint Sébastien et Adrienne Bolland afin de rejoindre Achères par la forêt et le raccordement des Ambassadeurs : il y a mieux à faire en empruntant un délaissé de la RD30 pour desservir, sur un tracé apte à 70 km/h (c'est la vitesse de la voirie), le lycée Charles de Gaulle, un centre commercial à Achères et plusieurs lotissements Cette solution allonge un peu le temps de parcours entre Poissy et Achères, mais en touchant une population bien plus nombreuse, pouvant gagner jusqu'à 15 minutes par trajet, alors que les voyageurs entre Poissy et Achères ne perdront que 4 à 5 minutes sur leur parcours ;
  • sur le plan technique, au-delà de la gare de Saint-Germain GC, réglementation urbaine, circulation à droite et alimentation en 750 V continu.

Le coût de la phase 2 a été réévalué à 250 M€ pour l'infrastructure, contre 135 M€ pour la première solution via Poissy GC. Cependant, à fonctionnalités égales, il aurait fallu ajouter le coût de la gare Chêne Feuillu, mais aussi des aménagements ferroviaires à réaliser pour autoriser la desserte de cette gare, dont la réalisation était envisagée avant LNPN, donc avec le maintien de la mixité d'utilisation du groupe V. Les premiers chiffres à très grosse maille évoquaient une gare à 40 M€ pour un arrêt sur le seul RER A et à au moins 60 M€ s'il fallait également arrêter le RER E, sans compter les aménagements de capacité en ligne. Au final, il apparaissait que la solution urbaine n'était pas si onéreuse que cela, et qu'elle avait l'avantage de créer immédiatement une correspondance très attendue. Autre coût à prendre en compte, l'acquisition de 11 rames Dualis supplémentaires représente un coût de 53 M€ pris en charge par Ile de France Mobilités.

L'absence de liaison Saint-Germain - Poissy

Au chapitre des inconguités de la phase 2 de T13, il faut aussi ajouter l'absence de liaison directe entre ces deux villes, en dépit de l'important trafic qu'elles génèrent. Le voyageur voulant emprunter T13 devra effectuer une correspondance à la station Lisière Péreire, avec une perte de temps de l'ordre de 10 à 15 minutes. Bref, les autobus continueront d'être la solution de base et T13 ne jouera qu'un rôle très secondaire sur cette mission pourtant essentielle.

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Saint-Germain-en-Laye - Place Jehan Allain - 19 avril 2021 - La liaison entre Saint-Germain et Poissy est assurée par la ligne 24 exploitée à cette date par Transdev. L'itinéraire est assez direct, les deux gares étant reliées en 18 à 21 minutes selon le trafic. Cependant, l'offre est extrêmement irrégulière avec un intervalle en semaine entre 7 minutes et une heure, entre 20 et 40 minutes le samedi et  toutes les 30 minutes le dimanche ! © transportparis

En transformant la bifurcation en triangle, des liaisons directes deviendraient possibles entre les 3 branches du RER A (Saint Germain-en-Laye, Poissy et Cergy via la correspondance à Achères Ville). Un scénario plutôt simple - même si le carrefour de Noailles est complexe par l'importance du trafic - avec notre scénario, plus difficile - quelle surprise ! - avec l'emploi de l'emprise ferroviaire.

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Retour en arrière grâce aux cartes postales : jadis, le tramway reliait le centre de Saint Germain-en-Laye à Poissy et Pontoise. Ci-dessus, le terminus de Saint-Germain, rue de la République. Ci-dessous, la même ligne, sur la route de Poissy. A l'emplacement de la voie ferrée, aujourd'hui, une allée pédestre, tandis que de l'autre côté de la route, a été aménagé une voie pour les autobus. C'est exactement à l'emplacement du tramway à vapeur de cette vue que nous suggérons d'implanter le tracé du T13 entre la gare de Saint-Germain GC et l'entrée de Poissy.

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Au-delà, les réflexions initiales sur la tangentielle ouest envisageaient une extension jusqu'à Cergy, afin de compléter la desserte de l'agglomération assurée aujourd'hui par le seul RER A. Un scénario tributaire de l'achèvement de la Francilienne, le troisième périphérique d'Ile de France, afin de faciliter l'emprunt de la RN184 reconfigurée pour franchir la Seine à Conflans-Sainte-Honorine. Nous y consacrons un dossier spécifique à propos de la desserte de Cergy.