Aux origines du « carreau métro »

L’aspect du métro parisien est marqué par son carreau blanc. En juillet 1900, les stations de la lignes 1 puis en décembre suivant, les trois premières de la ligne 2 ont été revêtues de deux types de carreaux en briques vernissées brillantes ou mates de deux largeurs différentes (toujours visibles Porte de Vincennes et Porte Dauphine). Mais dès octobre 1900, le carreau de faïence biseauté de 20 x 10 cm est utilisé sur les quatre premières stations de la ligne 2-sud (actuelle ligne 6) et a été retenu dans l’ensemble des stations pour différentes raisons.

La première est la proximité de la production, puisque la plupart des carreaux ont été fournis par les Etablissements Boulenger de Choisy le Roi. La deuxième est sanitaire : le nettoyage en est facilité. La troisième est liée à l’éclairage des stations et à la maigre puissance des ampoules électriques : progrès considérable pour l’époque, la puissance délivrée apparaît aujourd’hui ridicule si on songe qu’on admirait la présence d’une ampoule de 15 W tous les 5 m !

Cependant, les stations de la CMP étaient initialement plutôt chichement décorées. En revanche, la publicité, simplement collée sur le carrelage, rompait avec la monotonie des carreaux blancs. Certaines d’entre-elles étaient littéralement peintes sur toile et offraient de très vives couleurs. En guise de couleur toujours, le bois des bancs sur lesquels les voyageurs attendaient les rames, et les petites plaques émaillées bombées, portant le nom de la station, en lettres blanches sur fond bleu. Il est à noter sur ce dernier point que dans les débuts de l’exploitation, en particulier sur la ligne 3, le nom des stations était imprimé sur papier et collé à même le carreau.

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La nouvelle ligne 3 était mise en service en octobre 1904 entre Villiers et Père Lachaise. La station République présente à ses débuts un aspect qui nous est toujours familier. Entièrement carrelée de blanc, la monotonie est rompue par des cadres publicitaires en papier collé. Au-dessus, le nom de la station est répété. Ce nom est également mentionné de deux façons : entre les panneaux, imprimé sur du papier collé ; de place en place, sur une grande plaque de tôle suspendue. La CMP a tâtonné quant à définir une signalétique définitive. (Collection Thierry ASSA)

Ce parti-pris a donné au fil du temps un aspect monotone témoignant d’un manque d’originalité qui perdure encore sur le réseau : le Métro parisien est l’un des moins colorés d’Europe. Il est aussi devenu désuet par un parti pris enfermant le « design » des stations dans leur style originel, sans refléter les courants esthétiques au fil du temps.

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Château d'Eau - 27 mai 1983 - Ouverte en avril 1908 sur la ligne 4, la station Château d'Eau n'a pas été modernisée durant huit décennies. Elle avait conservé quasi intégralement, son aspect originel avec les cadres publicitaires en papier collé, les banquettes linéaires rouges sombres et les petites plaques bombées de tôle vitrifiée marquant le nom de la station. Seul l'éclairage avait été modernisé. © Th. Assa

Le Nord-Sud met de la couleur

En 1910, afin de se démarquer, la nouvelle Compagnie du Nord-Sud soigna la décoration des stations, notamment par l’adoption d’un code couleur (ocre pour les stations ordinaires et vert pour les correspondances) sur les frises courant dans les couloirs et sur les quais, tant sur la voûte que les encadrements publicitaires frappés du signe NS. Si la CMP se contentait de simples plaques émaillées pour supporter le nom des stations, le Nord-Sud voyait grand avec des lettres carrelées de grand format répétées au-dessus des publicités, tandis que la direction était mentionnée sur le tympan du tunnel. Cas particulier, la station Madeleine, alors sans correspondance, était agrémentée de carreaux bleu électrique. La décoration a malheureusement été mise à bas vers 1981 sans se soucier de son intérêt.

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Station Chambre des Députés - Vers 1910 - Esthétique plus travaillée sur le Nord-Sud : évidemment avec le nom de la station en faïence de grand format, répété en plus petite taille sur les cadres publicitaires, les motifs de décoration de la voûte et la mention du terminus sur les tympans extrêmes. Autre particularité du Nord-Sud, la ligne aérienne d'alimentation en 600 V.

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Station Saint Lazare sur la ligne 12 : outre la décoration dans le style Nord-Sud, on remarque la publicité abondante, y compris sous les quais et l'abdondant mobilier, jusqu'au pèse-personne. Les supports de la ligne aérienne sont encore présents mais l'alimentation du matériel a été unifié sur cette vue prise dans les années 1950. (cliché X)

Le Nord-Sud se distinguait aussi de la CMP avec sa station principale de Saint-Lazare dotée d’une rotonde située sous la cour du Havre, faisant office de salle des recettes. Œuvre de Lucien Bechmann, elle fait partie du patrimoine du métro. Malheureusement, les colonnes actuelles sont des reconstitutions. La disparition du magnifique monogramme NS sur le sol de la salle, remplacé par un carrelage du modèle le plus ordinaire, témoigne de l’absence de véritable politique patrimoniale de la RATP.

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La superbe salle d'entrée du Nord-Sud à Saint Lazare dans son état d'origine de 1910 : un des plus beaux lieux du réseau, consacrant l'avance esthétique sur la CMP. Le lieu a été remanié et la décoration des colonnes aujourd'hui est une réplique... tandis qu'un carrelage basique a remplacé la mosaïque d'origine.

Suivant le Nord-Sud, la CMP expérimenta en premier lieu, à partir de 1913, de grandes plaques bleues en grandes lettres majuscules sur les nouvelles stations de la ligne 8 et testa à Madeleine puis à Auteuil, les noms carrelés en utilisant d’abord des cartouches à faible dimension. La station Porte d’Auteuil est toujours en état 1913. A partir de 1916, la CMP définitif le style qui allait perdurer 35 ans durant avec quelques modifications, donnant au Métro parisien cet aspect d’une monotonie que nous connaissons toujours. Ainsi, les publicités, initialement collées sur le carrelage, furent entourés d’un cadre ocre ou marron tout d’abord à frise puis, à partir de 1939, en style géométrique avec une couronne frappée d’un M.

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Station Croix Rouge - Ligne 10 - Certes, ce n'est pas une station des origines, mais la décoration des stations a peu évolué au cours des trois premières décennies de constitution du réseau. Mis à part les cadres pour les réclames et le nom des stations en faïence, une idée reprise au Nord-Sud. L'éclairage est toujours aussi faible avec de maigres ampoules.

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Finition des travaux d'aménagement de la station Petits Ménages à Issy les Moulineaux, actuellement Corentin Celton, en 1934. C'est le début de la standardisation des décorations après la fusion CMP-NS. (cliché X)

Il fallut attendre 1937 pour qu’arrive le courant alternatif dans les stations, avec des ampoules de 100 à 150 W. Le tube fluorescent fut introduit à la même époque, mais sa mise au point pour aboutir à un résultat satisfaisant, y compris du point de vue des coûts, dut attendre les années 1950. Il fut largement utilisé après-guerre, lorsque la RATP engagea la rénovation des stations qui n’avaient guère évolué depuis leur ouverture.

Suite du dossier : l'époque RATP