C’est, depuis la réforme du MP55 en 1999, le plus ancien matériel du métro parisien encore en service, quoi que ses effectifs aient été nettement réduits. Le MP59 ne circule plus que sur la ligne 11 avec, en 2016, un parc réduit à 24 rames de 4 voitures.

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Bastille - Ligne 1 - 1970 - Livrée et monogramme d'origine pour ce MP59 circulant en direction du Pont de Neuilly. Les pneus de roulement ont reçu leurs enjoliveurs, mais pas les galets de guidage, afin d'éviter l'intrusion de détritus. © J.H. Manara

Ce vénérable quinquagénaire conserve auprès des amateurs une certaine cote d’affection, quelque peu irrationnelle. Le design, qui malgré les rénovations successives, trahir l’âge du matériel. L’équipement de traction, avec le démarrage moteurs en série puis le brusque passage en parallèle, les ponts moteurs, qui se mettent à « chanter » passés 55 km/h, le claquement sec des portes lors de leur fermeture…  Pour le voyageur, c’est autre chose : le MP59 est une plongée dans le métro du passé, avec un matériel secouant, étriqué, au confort sommaire avec en particulier une température à bord rapidement étouffante entre l’affluence et le freinage rhéostatique.

MP59

Dans la lignée du MP55

Après le succès de la pneumatisation de la ligne 11 avec le MP55, achevée en 1957, la RATP décidait de convertir la ligne 1, dans le cadre d’une augmentation de la capacité de transport d’une ligne passablement saturée (jusqu’à 175% de charge entre Bastille et Hôtel de Ville). Le matériel sur pneumatique, plus performant, permettait de resserrer l’intervalle, tandis que l’ajout d’une sixième voiture augmentait la capacité unitaire des trains, moyennant la modification des stations. On rappellera pour mémoire qu’il était initialement prévu de passer de 5 à 7 voitures, mais l’Etat demanda à la RATP de rajuster son projet pour en diminuer le coût.

Le marché MP59 passé en 1959 comme son nom l’indique, fut attribué à la Compagnie Industrielle de Matériel de Transport (CIMT), Alsthom et la Compagnie Electro-Mécanique pour les moteurs et Jeumont-Schneider pour les circuits de commande.

Le MP59 est une évolution du MP55 : on retrouve le même diagramme à 4 portes par face, le même aménagement intérieur. Les évolutions portent d’abord sur la puissance, avec des moteurs de 140 chevaux au lieu de 90, sur la suspension, le pavillon, pour améliorer la hauteur sous plafond et l’aération des voitures, et sur l’aménagement de la loge de conduite, abandonnant le pare-brise en trois parties pour une baie unique de grande dimension.

Symbole de la modernisation des lignes 1 et 4

Le premier train MP59, encore à 5 voitures, fut mis en service le 30 mai 1963 sur la ligne 1, circulant en mixité avec les « trains gris », les Sprague M4 de 1934. Dès l’achèvement des travaux de génie civil pour l’allongement des stations, en septembre 1963, une sixième voiture fut intégrée aux MP59, ainsi qu’aux rames Sprague, avec une M2 de réemploi. En décembre 1964, le MP59 équipait intégralement la ligne 1.

Dans la foulée, la RATP engagea la conversion de la ligne 4, nécessitant une deuxième tranche de MP59, livrées entre octobre 1966 et juillet 1967. Au total, 94 rames ont été livrées, soit 188 motrices avec loge, 188 motrices sans loge, 90 remorques de 1ère classe et 90 remorques mixtes. En effet, devant l’affluence de ces deux lignes, les MP59 proposaient une voiture « un quart » de première classe. Face à l’affluence, 8 rames supplémentaires ont été livrées en 1974 : la RATP a préféré commander des MP59 supplémentaires plutôt que des MP73 qui venaient d’être livrées sur la ligne 6.

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Saint Michel - Ligne 4 - 1978 - En direction de Porte d'Orléans, ce MP59 dépourvu de monogramme frontal entre dans une station encore dans sa décoration d'après-guerre avec les plaques de station d'origine, l'éclairage des années 1950 et la signalétique directionnelle des années 1970 : la deuxième modernisation du réseau est alors en cours. © J.H. Manara

Equipées pour le service à deux agents (conducteur et chef de train), les rames ont ensuite été équipées de la conduite programmée (le PA135) ne requérant plus que le conducteur. Les stations ont été munies de miroir puis de caméras avec écrans de télévision pour le service voyageur. La commande des portes à l’entrée de la loge fut maintenue, maintenant en cas de forte affluence une possibilité d’observation directe du mouvement.

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Palais Royal - Ligne 1 - 1978 - Croisement de deux MP59 dans la station Palais Royal alors récemment convertie au style Motte avec peinture des poutres métalliques du plafond en mauve, couleur également adoptée pour les sièges sur les quais. © J.H. Manara

Au cours des années 1980, au fur et à mesure des révisions générales, les MP59 changeaient progressivement de livrée : à l’origine, le MP59 avait revêtu les couleurs appliquées sur l’automotrice prototype MP51, les MA52 et les MP55, à blase de bleu clair et gris avec filets jaune pour les voitures de seconde classe, jaune à filets bleu clair pour repérer la première classe. Lors de la révision générale, les MP59 ont adopté la livrée définie pour le MP73 et les dernières tranches de MF67, à base de bleu roi et blanc avec ceinture de caisse noire.

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Saint Placide - Ligne 4 - 1978 - Le passage en révision générale dans les années 1980 a donné un petit coup de jeune à la livrée des MP59. Les 8 éléments de renfort livrés en 1974 avaient reçu cette livrée d'origine. On notera dans la station les bancs et plaques émaillées d'origine et, fait étonnant, les cadres publicitaires vides. © J.H. Manara

 

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Bastille - Ligne 1 - 1990 - Avant l'adoption de la livrée vert jade, quelques évolutions mineures apportés à l'allure des rames : logotype de la RATP et application du numéro de rame, basé sur le numéro de la voiture de première classe, sous le pare-brise. La rame 6002, repérée 002, porte alors encore sa décoration d'origine. © J.H. Manara

On notera aussi l’expérimentation de la diffusion de programmes publicitaires dans une rame équipée d’écrans de télévision : en 1986, la rame 005 fut aménagée en Métro-Vidéo. L’expérience cessa en 1988.

Rénovation et conséquences de l’arrivée du MP89

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Bastille - Ligne 1 - 1990 - Au début des années 1990, la RATP vivait dans une situation identitaire décalée : autobus en livrée à base verte et métro bleu, témoignage d'une gestion dissociée des réseaux de surface et souterrain, et d'une époque où la communication d'entreprise était moins pointilleuse. © J.H. Manara

A partir de 1990, en prélude au prolongement de la ligne 1 à La Défense, les 52 rames MP59 de cette ligne ont été rénovées pour améliorer l’étanchéité de la toiture du fait du franchissement de la Seine sur le pont de Neuilly. Elles ont revêtu une livrée blanche avec les portes bleues. La face avant a été modifiée façon « tranche de cake » à base gris anthracite. A l’intérieur, les banquettes en moleskine ont été remplacées par des sièges antilacération similaires à ceux du MS61, les porte-bagages ont disparu et la couleur jaune des parois remplacé par du blanc. 

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Bastille - Ligne 1 - 1991 - La livrée blanche à portes bleues fut très éphémère. Salissante et propice aux graffitis, elle entraîna en revanche une modification de la face avant avec un "boudin" bleu autour de la zone grise, de nouveaux feux et un essuie-glace. A l'intérieur, éclairage et banquettes avaient été renouvelés.  © J.H. Manara

Lors de l’adoption de la nouvelle charte identitaire de la RATP, les rames ont été pelliculées en vert jade et blanc. Aussi cette livrée fut assez éphémère, disparaissant vers 1995.

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Saint Germain des prés - Ligne 4 - 14 septembre 2012 - Le MP59 dans sa version vert jade. Outre une unification des couleurs entre bus, tram et métro, la livrée de 1992 adopta aussi le principe du pelliculage facilitant les reprises en cas de dégradation. © transportparis

Avec l’arrivée des MP89 sur la ligne 1 à partir de 1997, la RATP engagea un plan de réforme progressive des MP59, qui ont été fortement sollicités sur les lignes 1 et 4, en priorisant les rames selon leur état technique. Les 52 rames de la ligne 1 ont été mutées pour 49 d’entre elles sur la ligne 4 et pour les 3 autres sur la ligne 11. Pour achever la réforme des MP59, 20 rames de la ligne 4 ont été rénovées selon un programme identique aux rames de la ligne 1. Le 24 juin 2000, le dernier MP59 avait quitté la ligne 1. Parallèlement, 28 rames MP59 étaient réformées, intégrant les 8 éléments livrés en 1974 dans un souci d’uniformisation.

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Jourdain - Ligne 11 - 14 septembre 2012 - Réduits à 4 caisses pour la ligne 11, les MP59 disposent néanmoins de 3 motrices compte tenu du profil difficile de la ligne sur laquelle ils sont appelés à finir leurs jours... mais pas tout de suite : les amateurs apprécient, les voyageurs un peu moins ! © J.H. Manara

Une fin de carrière en 2020 ?

Le sort des MP59 devait s’avérer étroitement lié à l’évolution du service de la ligne 1 puisque la décision d’automatiser cette dernière, assortie de la commande de nouvelles rames MP05, entraîna la libération des MP89. Ces rames furent mutées sur la ligne 4, afin d’éliminer 47 MP59 supplémentaires (les voyageurs ont pu au passage apprécié l’amélioration du confort, notamment thermique même sans climatisation). Deux rames avaient en outre été réformées suite à l’incendie survenu sur la ligne 4 à la station Simplon pour l’une et du mauvais état général pour l’autre.

Ne reste donc depuis le 21 décembre 2012 qu’un petit parc de 24 rames reconfigurées à 4 voitures (M-N-A-M) pour la ligne 11, qui devront tenir bon puisque le renouvellement du matériel de cette ligne ne sera possible qu’avec l’ouverture d’un nouvel atelier de maintenance situé sur le prolongement de cette ligne des Lilas à Rosny Bois Perrier. C’est-à-dire probablement pas avant 2020 : le MP59 aura alors pas moins de 57 ans, mais ce grand âge ne lui procurera pas la médaille de la plus grande longévité sur le réseau qui reste détenue par les rames Sprague-Thomson du Nord-Sud avec 62 ans.

On notera enfin que le MP59 a connu deux descendances internationales avec le MR63 de Montréal (1966) et le MP68 de Mexico (1968).