Cela apparaît presque incongru dans le système de desserte d'une mégapole de 12 millions d'habitants. Pourtant, il subsiste encore deux lignes exploitées en traction Diesel en Ile de France, toutes deux sur le réseau Est, demeurés à l'écart des grands programmes d'électrification menés dans les années 1960 et 1970.

Gretz - Provins : l'électricité pour quel but ?

Aprement négociée par la Région Champagne Ardenne en monnaie d'échange à sa participation au TGV Est et aux affets du TGV Rhin-Rhône sur l'axe Paris - Bâle, l'électrification de la ligne Paris - Troyes prévoit la suppression de la traction thermique sur les relations Paris - Provins par l'intégration de la courte antenne de 7 km en voie unique entre Longueville et Provins.

Quoique desservie par des B82500 bimodes, l'enjeu pour Transilien est de pouvoir se séparer d'une flotte de matériel dédié, présentant des caractéristiques spécifiques. Ces rames sont en effet de capacité limité puisqu'en UM3, elles offrent 741 places assises, et ne permettent pas de prendre des voyageurs debout au-delà de 2 voyageurs par m², contre 4 sur les matériels de banlieue. Conçues pour le TER avec des quais bas, la desserte en Ile de France est limitée, d'autant plus dans le cas présent puisque, RER E oblige, les quais des gares jusqu'à Gretz Armainvilliers sont hauts de 920 mm : l'arrêt des AGC y est donc impossible.

220110_82547verneuil1Verneuil l'Etang, 22 janvier 2010 - Arrêt du B82547/8 dans la première livrée retenue par le STIF. La "ligne 4" Paris - Bâle constitue la dernière grande radiale non électrifiée au départ de Paris. L'emploi des AGC bimodes évite en particulier la mise en vitesse en traction Diesel, source de pollution et de nuisances. © transportparis

Or l'idée d'une correspondance à Val de Fontenay avec le RER A germe de longue date dans les dossiers de la SNCF, tandis qu'un arrêt à Gretz permettrait d'écrêter la charge du RER E. En outre, l'apparition du projet du Grand Paris a généré le projet de gare nouvelle en limite de Bry sur Marne, Villiers sur Marne et Champigny, et le souhait d'une correspondance entre les trains de Provins, Coulommiers, du RER E et du projet de ligne 15 du Métro.

Dans tous les cas, un matériel de plus forte capacité est indispensable pour pouvoir créer des arrêts supplémentaires. La SNCF propose d'utiliser des Franciliens, offrant 1840 places en unité double, dont 760 assises.

En revanche, l'électrification apporterait peu d'amélioration sur le temps de parcours - hors question des éventuelles créations d'arrêt - puique la vitesse plafond de la ligne atteint 150 à 60 km/h sur plus de 50 km entre Gretz et Longueville. Or les Franciliens sont limités à 140 km/h, alors que les AGC courent à 160.

Evaluée à 270 millions d'euros, l'électrification de Gretz à Troyes et Longueville a franchi le cap de l'enquête publique. Reste à savoir si le budget millions d'euros sera réuni par l'Etat, les Régions Ile de France, Champagne Ardennes et les départements.

Trilport - La Ferté Milon : un enjeu d'exploitation

L'ancien itinéraire naturel de Paris à Reims passait par Meaux, La Ferté Milon et Fismes. L'électrification de la radiale Paris - Strasbourg et de la branche Epernay - Reims - Charleville entraîna le basculement du trafic Grandes Lignes sur la "ligne 1" au détriment de la "ligne 2", selon l'appellation encore usité à l'Est. Qui plus est, la desserte entre Reims et La Ferté Milon avait fait les frais des vagues de fermeture, avant d'être rouverte en 1982. Côté parisien, le service était assuré par des courses d'autorails jusqu'à Meaux et exceptionnellement jusqu'à Paris.

En 2010, la nouvelle desserte mise en oeuvre sous l'égide du STIF a permis de consolider le service, avec une desserte toutes les heures entre Meaux et La Ferté Milon, assurée en B82500 bimode. En heure de pointe, un renforcement était procuré par deux trajets directs (le matin vers Paris, le soir vers la banlieue), mais assurés eux en RIB et tractés par une BB67400, de sorte à assurer une capacité suffisante entre Paris et Meaux.

101111_67522paris-estParis Est, 10 novembre 2011 - La 67522 est en tête de deux segments RIB de 4 voitures pour le "Direct" de La Ferté-Milon. Quoique rénovées, les RIB76 ne sont plus tout à fait au goût du jour, et restent de capacité limitée. Quant aux BB67400 plus que quadragénaires, leur fiabilité ne cesse de diminuer. © transportparis

Or ces matériels arrivent en fin de vie et doivent être remplacés au plus tard en 2017. En 2009, le schéma directeur du matériel roulant adopté par le STIF relançait l'intérêt de l'électrification de la ligne pour plusieurs raisons :

  • il n'existe pas de solution capacitaire suffisante avec du matériel thermique
  • l'acquisition de matériel bimode ne résout pas la question capacitaire, et un mini-parc de Régiolis ne constitue pas une solution rationnelle pour l'exploitation et la fiabilité du service
  • l'électrification permet de prolonger un train sur deux de la mission Paris - Meaux en le fusionnant avec la navette Meaux - La Ferté - Milon, offrant ainsi un train direct par heure en journée et un train direct toutes les demi-heures en pointe entre Paris et La Ferté Milon : le temps "perdu" entre Chelles et Meaux du fait des arrêts intermédiaires est compensé par la suppression de la correspondance à Meaux, les voyageurs ne changeant plus de train
  • ce dispositif supprime des terminus à quai dans une gare exiguë ne comprenant que trois voies, et des cisaillements en avant-gare de Meaux pour les trains Meaux - La Ferté Milon
  • la prolongation des trains existants assurés en Francilien supprimerait la dichotomie de hauteurs de planchers des trains et autoriserait donc la mise en accessibilité complète de la gare de Meaux

Reste qu'à la fin du premier semestre 2013, aucune décision n'a été prise sur ce projet estimé à 70 millions d'euros (pour 32 km d'électrification). Pour autant, la carrière des BB67400 et des RIB aura du mal à être prolongée sauf volonté d'acharnement thérapeutique ferroviaire. L'avenir des liaisons directes est, comme s'en inquiétaient récemment les élus locaux et les associations d'usagers, quelque peu obscurci par l'absence de décision jusqu'à présent.