10 septembre 2022

Automatisation du métro : une suite logique ?

Il y a près de 10 ans, la ligne 1 du métro était automatisée. Dès lundi prochain, la ligne 4 sera exploitée avec les 4 premiers éléments MP89-MP05 transférés de la ligne 14 : le processus se poursuivra jusqu'à la fin de l'année 2023, si la livraison des MP14 tient le rythme prévu, pour décaler le matériel actuellement sur la ligne 14 et pour le compléter sur la ligne 4 qui aura donc 3 types de matériel roulant.

On peut essayer de dresser un premier bilan de ces opérations.

Assurément, l'exploitation automatisée procure une performance accrue du service, une meilleure réactivité en cas d'incident et une plus grande flexibilité d'adaptation en cas de besoin, pour un événement particulier ou des travaux sur un axe parallèle (le renouvellement du tronçon central du RER A par exemple) générant une affluence importante. Cependant, au quotidien, le renforcement du service est resté assez modeste et le taux d'occupation des rames demeure élevé, trop même à certaines heures, et en particulier le week-end, quand le voyageur aimerait bien avoir une probabilité accrue de pouvoir voyager assis. L'automatisation ne fait pas tout : il faut quand même que l'autorité organisatrice décide du niveau de service.

Néanmoins, en 10 ans, seule la croix principale du réseau historique, un axe est-ouest et un axe nord-sud, aura été convertie, s'ajoutant à la ligne 14 née automatique. Le rythme est donc encore plus lent que celui de la pneumatisation (4 lignes en 20 ans). Il a été parfois évoqué d'autres modernisations, mais pour l'instant, aucune décision n'a été prise. Un indice quand même : à ce jour, les futurs MF19 auront a priori tous un poste de conduite, ce qui douche un peu les plus optimistes.

On peut définir schématiquement 3 facteurs techniques amenant à automatiser une ligne :

  • réduire l'intervalle entre les trains pour augmenter le débit horaire ;
  • la nécessité de renouveler les équipements d'exploitation : matériel roulant, signalisation, poste de commandement, sachant que ces deux derniers peuvent emporter la décision ;
  • une amélioration de la productivité (moins de personnel sur la ligne, optimisation du nombre de rames à iso-service).

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Dans la première catégorie, le nombre de lignes serait finalement assez restreint : assurément les lignes 8, 10 et 12. Dans la deuxième, le renouvellement des MF67, MP73 et MF77 est évidemment à prendre en compte, mais la stratégie de déploiement d'Octys, en niveau 2 avec effacement de la signalisation latérale ou en niveau 1 avec maintien de celle-ci, envoie également un signal amenant à privilégier les lignes équipées du système le plus abouti. Pour le dernier facteur identifié, les lignes 7, 8, 9 et 13 sont évidemment les plus intéressantes car les plus longues, mais dans le cas de la ligne 13, le bénéfice sur l'intervalle minimal ne serait que de 5 secondes.

Le cas de la ligne 11 est un peu particulier car son prolongement à Rosny sous Bois va doubler sa longueur et il eut été probablement intéressant d'envisager son automatisation compte tenu du coût limité de la section à moderniser, sachant que le prolongement aurait été nativement équipé. C'est en quelque sorte une occasion manquée. Enfin, au chapitre des particularismes, les lignes 3bis et 7bis ne sont pas à oublier : le service sur ces antennes y est des plus répétitifs pour les conducteurs, et il serait aussi possible de mieux coordonner les intervalles avec les lignes 3 et 7. En attendant, elles seront équipées de la fonction de contrôle continu de la vitesse tout en restant en conduite manuelle à l'ancienne.

Sur le plan technique, et donc économique, il ne semble pas y avoir de projet d'automatisation s'imposant avec évidence. La dimension qualitative est toujours aussi difficile à intégrer à une évaluation socio-économique. La ligne 13 semble revenir à nouveau dans les discussions, sur le simple critère de la régularité de l'exploitation, puisque l'intervalle théoriquement possible y est déjà très réduit.

Cependant, on peut considérer que l'automatisation va dans le sens de l'histoire. Les difficultés de recrutement que rencontre désormais la RATP comme la plupart des opérateurs de transports publics auront-elles un effet accélérateur ? Il est encore trop tôt pour l'affirmer mais on ne peut écarter la possibilité d'une évolution sociétale qui amène à accélérer le processus : outre la difficulté du métier, le besoin d'augmenter la capacité de transport dans une stratégie de report modal plus intense pourrait influer en faveur d'une politique d'automatisation du métro plus volontariste.


08 septembre 2022

T1 : enfin des rails à l'est !

Qu'il aura fallu être patient et tenir le cap, contre vents, marées et même attaques, y compris nominatives et physiques, dont ont fait les frais ceux qui ont porté ce projet !

Le prolongement de T1 à l'est, entre Noisy-le-Sec et Val de Fontenay accuse tant d'années de retard, d'abord pour des motifs de basse politique et de vision étriquée qu'on renonce à les compter. C'est aussi le projet qui incarne, bien malgré lui, les défauts de la gouvernance des transports franciliens.

Il a néanmoins franchi une étape significative cet été avec la pose des premiers coupons de rail à Montreuil, près du futur dépôt, sur l'espace occupé il y a encore peu par une bretelle autoroutière.

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Montreuil - 8 septembre 2022 - Les orages au-dessus du projet T1 ont presque disparu et la pose des voies confirme que cette extension attendue par la population depuis trop longtemps sera prochainement réalité. Derrière les palissades à droite du premier cliché sera érigé le nouvel atelier de maintenance destiné à accueillir les rames assurant la liaison Bobigny Pablo Picasso - Val de Fontenay. © transportparis

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Montreuil - 8 septembre 2022 - On peut commencer à mesurer l'ampleur de la transformation urbaine, sur cette vue en direction de Romainville : tout au plus peut-on se demander si elle doit être imputée au seul tramway. On peut espérer que les tramways puissent se lancer à bonne allure sur cette section. © transportparis

Cependant, il faudra dans un premier temps se contenter de la seule section Noisy-le-Sec - Montreuil Mûrs à Pêches, puisque le financement du tronçon jusqu'au Val de Fontenay a pris du retard. Cette première étape est néanmoins essentielle car elle raccordera le nouvel atelier de maintenance de Montreuil qui accueillera lui aussi des Citadis 305 tout comme celui de Bobigny, et donc celui de Villetaneuse (en phase provisoire le temps d'adapter l'atelier existant). Il y aura donc un phasage de plus avant de pouvoir considérer achevée cette grande rocade au travers de la Seine-Saint-Denis, dont le lancement a été annoncé voici un peu plus de 40 ans et dont le premier tronçon a été mis en service il y a 30 ans déjà.

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04 septembre 2022

T10 : les Citadis arrivent

La première rame est arrivée au nouveau dépôt de Châtenay-Malabry : la seule différence avec celles de T9 est la discrète mention de l'opérateur, la RATP, alors que celles basées à Orly sont gérées par Keolis. La pose des voies sur T10 se poursuit et l'objectif d'une mise en service en fin d'année 2023 semble toujours d'actualité.

Au fur et à mesure de l'avancement du chantier, on peut mesurer la faible prise en considération de la commodité des correspondances puisque le terminus de La Croix de Berny sera situé au nord de la RD986 et de l'A86 (qui est en tranchée couverte à cet endroit), alors que le nouvel accès à la gare du RER B - et le terminus du bus TVM - sont situés au sud. S'il est vrai que longer le parc de Sceaux facilitait grandement l'insertion des voies du tramway pour rejoindre ensuite l'avenue de la Division Leclerc, les voyageurs devront donc s'armer de prudence lors de la traversée de la RD986. Un entrainement sur le tramway des Maréchaux à la station de la porte de Vincennes est peut-être à prévoir. Il n'est pas trop tard pour être en forme à la mise en service...

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Antony - Avenue du Général De Gaulle - 3 septembre 2022 - Sur le premier cliché, les travaux de la ligne de tramway à hauteur de la station terminus, et un engin de chantier rail-route. La plateforme est installée au nord de l'avenue, le long du parc de Sceaux. Sur le second, à travers les palissades et autres grilles, on aperçoit le nouveau bâtiment voyageurs du RER B avec devant lui le terminus du TVM et, sur le viaduc, un MI84 rénové (si si, on vous l'assure). Avant même l'ouverture du tramway, un premier défi pour les piétons : aller de la gare à l'entrée du parc. Tout a été fait pour compliquer le cheminement au point que la seule solution est de marcher sur la chaussée, faute d'itinéraire clairement indiqué ! L'espace visible dans l'axe de la gare semble présager d'un large passage piétons pour la correspondance à défaut d'avoir implanté le tramway du côté de la gare. © transportparis

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02 septembre 2022

MP73 : un dernier été sur la ligne 6 ?

L'adaptation des infrastructures de la ligne 6 se poursuit en vue d'accueillir les MP89CC actuellement sur la ligne 4 qui, après avoir été raccourcis à 5 voitures, viendront remplacer les MP73, en service depuis l'été 1974 sur la plus aérienne des lignes du métro parisien. L'été 2022 sera-t-il le dernier de l'ultime série de matériel roulant doté d'une chaîne de traction conventionnelle, les moteurs étant commandés par un équipement Jeumont-Heidmann ? Le retard pris dans la livraison des MP14 sur la ligne 14 ralentit le rythme de transfert des MP89-MP05 automatiques vers la ligne 4, préalable à la mutation des rames à cabines de conduite vers la ligne 6.

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Paris - station Glacière - La rame n°6506 (toujours désignée par le numéro de la remorque centrale ex-première classe) quitte Glacière en direction de Saint Jacques et Etoile. © transportparis

Quant aux MP89CC, la rénovation des aménagements intérieurs après 25 ans de service (sur la ligne 1 puis sur la ligne 4) est attendue, notamment au niveau des assises, l'habillage intérieur ayant plutôt bien résisté. Reste une question : le niveau sonore, puisque ce matériel s'est distingué - et pas forcément de façon positive - dès sa mise en service.

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31 août 2022

T2 : une station de plus à La Défense ?

Le sujet revient, près de 2 ans après un premier examen. Ile de France Mobilités va demander à l'Etablissement Public Local Paris La Défense l'étude d'une station supplémentaire sur la ligne T2 entre celles de La Défense et de Puteaux. Soutenue par l'AUT Ile de France, cette suggestion repose à la fois sur la poursuite du développement de la partie du sud-ouest du quartier d'affaires, le délestage de la station existante et sur le choix final d'excentrer la station de la ligne 15 du Grand Paris Express dans ce secteur dit de la Rose de Cherbourg. Si on peut entendre cet argumentaire, il y a quand même de quoi être perplexe quant à la faisabilité de la station et l'impact sur l'exploitation : l'option de quais latéraux semble exclue (en direction de Porte de Versailles, la voie 1 du groupe II n'offre aucune largeur résiduelle pour un quai). Pour un quai central, il faudrait riper la voie du tram vers Bezons... mais les marges de manoeuvre sont quand même très limitées du fait des ouvrages. A moins d'imposer au tram des contorsions à 10 km/h ?

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Le site envisagé pour l'étude d'une nouvelle station est pour le moins exigu... (cliché la-defense-92.fr)

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29 août 2022

Paris - Provins en traction électrique

Depuis ce matin, les installations électriques de la ligne Paris - Belfort - Mulhouse entre Gretz-Armainvilliers et Nogent-sur-Seine sont utilisées par les trains du service commercial, de même que la courte antenne de Provins, intégrée au réseau Transilien (ligne P). L'une des deux dernières poches de traction thermique d'Ile de France a donc vécu.

Le bénéfice de cet investissement de 192 M€ pour 79 km (à double voie de Gretz à Nogent, à une voie de Longeville à Provins) est accru par le fait que les trains ne changent plus de mode de traction en ligne du côté de Roissy-en-Brie, une dizaine de kilomètres avant la fin effective du domaine électrique mais en gare pendant l'arrêt commercial de Nogent-sur-Seine. Les missions Transilien sont pour leur part totalement électriques.

Pas de changement pour le matériel roulant pour l'instant puisque les AGC ne seront remplacés par des Franciliens qu'au mois de novembre. En attendant, la puissance accrue (1700 kW sous 25 kV contre 900 kW à la jante en thermique) sera peut-être utilisée pour réduire les petits retards grâce à des montées en vitesse plus rapides. 

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Longueville - 29 août 2022 - Mêmes matériels mais pantographes levés tant pour le B82679/90 pendant son rebroussement sur une relation Paris - Provins que le B85037/8 assurant le Paris - Vesoul de milieu d'après-midi. Pour l'Ile de France, l'électrification augmentera la capacité d'emport de cette liaison de grande couronne. Pour Grand Est, une amélioration de la fiabilité est espérée (outre la satisfaction politique découlant de ce projet monnaie d'échange de la participation de l'ancienne Région Champagne-Ardenne au développement du réseau à grande vitesse vers l'est). © transportrail

Le bénéfice de cette électrification est surtout au crédit des voyageurs franciliens puisqu'elle permettra donc d'engager un matériel plus capacitaire, même s'il n'est apte qu'à 140 km/h, même si ses assises sont moins confortables et même si les Franciliens sont dépourvues de toilettes (critère revenant fréquemment dans les requêtes à la SNCF et à IDFM). Autre point : l'accès aux trains ne se fera plus de plain-pied puisque les quais restent à une hauteur de 550 mm. C'est probablement un prochain chantier à engager dans les gares... dont la plupart sont en rénovation !

En Ile de France, l'élimination de la traction thermique est aussi le moyen de rationaliser le parc sur la banlieue Est : ce sera le cas dès novembre, puisqu'une partie des AGC pourra être cédée à d'autres Régions. Reste donc à engager le dernier projet, serpent de mer depuis un quart de siècle : l'électrification de Trilport - La Ferté-Milon.

Quant à la phase 2 de Nogent-sur-Seine vers Troyes, le calendrier prévisionnel envisagé désormais une mise en service en 2028 ou 2029. L'intérêt réside uniquement dans la réduction de l'usage de la traction thermique sur les trains allant vers Troyes et au-delà Belfort et Mulhouse.

PS : le même article est publié à transportrail, avec un accent mis sur les enjeux nationaux.

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26 août 2022

Regroupement familial en vue pour les tramways

C'est une décision de bon sens et la seule inconnue résidait finalement dans le sens dans lequel elle serait prise.

Etant donné que le marché dit TW10 destiné aux lignes T7 et T8 a été refermé sans levée d'options du fait du retard pris dans la deuxième phase de ces projets, le nouveau marché attribué à Alstom d'abord pour la ligne T1 va donc être aussi utilisé pour rationaliser le parc dans la perspective des prolongements (respectivement à Juvisy et Paris).

Les explications sont fournies par le magazine belge Tram2000 : l'atelier de Villetaneuse va être modifié pour accueillir 16 rames supplémentaires type Citadis 305 destinées à T1, en attendant la fin de l'adaptation de l'atelier de Bobigny : elles utiliseront donc le raccordement entre T1 et T8 près de la gare de Saint Denis, d'abord pour la formation du personnel et ensuite pour le service commercial. Libéré des rames de T1, le site de Villetaneuse pourra ensuite accueillir les rames liées au prolongement à Rosa Parks et celles qui libèreront les actuelles rames type 302 qui iront à l'atelier de Vitry dans la perspective du prolongement à Juvisy. Ce schéma est largement préférable à celui qui aurait complété les effectifs de chaque ligne d'une sous-série distincte présentant des évolutions techniques tout de même assez significative. C'est plus simple pour la maintenance.

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En musique de fond, la chanson des Demoiselles de Rochefort peut accompagner cet article et ces clichés des Citadis actuellement engagés sur T7 (avenue de Fontainebleau, à Vitry sur Seine le 25 juin 2016) et T8 (à la porte de Paris, à Saint Denis le 14 janvier 2015). © transportparis

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24 août 2022

Rue Lafayette : au mieux le statu quo pour les autobus

Travaux d'été sur cette artère du 10ème arrondissement de Paris. Evidemment, il s'agit de l'aménagement de pistes cyclables. Une nouvelle fois, car sur cette voirie, une première opération avait créé en accotement le long du trottoir Ouest une piste cyclable dans le sens Boulevard Magenta - Rue de Châteaudun.

Elle avait provoqué la suppression du couloir pour les autobus (lignes 26, 32 et 43) à contresens, qui avait été créé, à la fin des années 1990, pour unifier l'itinéraire de ces lignes au bénéfice des utilisateurs des transports en commun. Le retour au trajet dissocié (aller par la rue Lafayette, retour par la rue de Maubeuge) était donc une régression pour la commodité du service. En revanche, le couloir dans le sens Châteaudun - Magenta avait bénéficié d'une protection physique, qui restait quand même relativement efficace malgré la cohabitation difficile avec les livraisons.

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Paris - Rue Lafayette - 18 août 2022 - Malgré la période estivale, la circulation sur cette rue reste difficile puisqu'il ne reste qu'une seule voie pour l'ensemble des usagers de la voirie. Les voyageurs des lignes 26, 43 et 45 doivent donc être patients pendant les travaux préparant le nouvel aménagement cyclable. © transportparis

Les nouveaux travaux prévoient de créer une piste cyclable à double sens le long du trottoir Ouest, qui sera finalement élargi pour les piétons puisque le nouvel espace pour les vélos ne reprendra qu'une partie de la largeur de l'ancienne piste à sens unique. Il restera une voie pour la circulation générale et une voie réservée aux autobus, mais sans aucune protection physique, ce qui laisse présager d'une fréquente occupation illicite et donc d'une efficacité des plus limitées.

Comme pour la rue de Rivoli et le boulevard de Sébastopol, une réflexion plus large aurait dû être menée. Elle est plus complexe car les besoins sont un peu différents. Les principales lignes d'autobus n'utilisent la rue Lafayette sur une partie du parcours. En outre, les rues Lafayette et de Maubeuge ne sont pas équivalentes : la seconde est plus étroite que la première, et elle ne débouche pas directement à l'Opéra.

La restauration de l'itinéraire unique pour les lignes 26, 43 et 45 imposerait le passage par la rue Lafayette, du fait de la largeur plus importante de cette artère : celle-ci ne peut accueillir en plus la piste cyclable à double sens puisqu'il faut maintenir une voie de circulation générale. Le report de l'itinéraire cyclable par la rue de Maubeuge supposerait l'emprunt de la rue Le Peletier pour rejoindre la partie sud de la rue Lafayette. Le scénario inverse est probablement inenvisageable : le transit des autobus uniquement par la rue de Maubeuge serait trop difficile pour prendre en compte les autres usages de cette artère.

Le schéma suivant aurait pu être une forme de compromis :

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Les cyclistes auraient au passage gagné un itinéraire un peu plus ombragé, du moins sur une partie du parcours, probablement bien agréable pour ceux utilisant l'itinéraire dans le sens de la montée.

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20 août 2022

Il y a 100 ans, la dernière modernisation des tramways parisiens

L'unification des réseaux de surface sous l'égide de la nouvelle Société des Transports en Commun de la Région Parisienne en 1921 donna une impulsion nouvelle à l'amélioration du service dans une période marquée par la montée en puissance d'un mouvement qui lui était extrêmement défavorable : les intérêts des compagnies pétrolières et des firmes de construction automobile convergeaient naturellement dans leur opposition aux tramways, jugés désuets et accusés de paralyser la ville en raison de leur dépendance aux infrastructures.

La STCRP tenta de contrer ce mouvement avec les moyens à sa disposition et, il faut d'emblée le préciser, sans avoir un soutien indéfectible du groupe Mariage à laquelle elle était affiliée. La décennie 1920 apparaît très contrastée dans l'histoire des transports en région parisienne puisque vont être engagés

  • de multiples travaux pour moderniser le réseau, rationaliser les itinéraires et les tracés ;
  • ce qu'on qualifierait aujourd'hui de schéma directeur d'une profonde restructuration du réseau, articulée notamment sur une première rocade entre les gares parisiennes, une seconde sur les boulevards militaires établis sur les anciennes fortifications et sur une vingtaine de lignes radiales à haut niveau de service bénéficiant de nombreuses innovations à commencer par un tracé à 4 voies pour proposer des services express et des omnibus, avec un système de franchissement prioritaire des carrefours pour des tramays évoluant hors du trafic général ;
  • la construction de nouvelles motrices et remorques.

Sur ce dernier point, la STCRP prolongea les travaux engagés dès 1909 par la Compagnie Générale des Omnibus, et qui avaient donné naissance aux motrices des types B et G ainsi qu'aux attelages de type A. La plupart des autres exploitants avaient eux aussi pris le tournant des voitures de grande longueur, entre 11 et 15 mètres. La STCRP poursuivit les études dans le but de réduire au maximum les coûts d'exploitation des tramways et approcher autant que possible celui des autobus, avec l'avantage d'une plus grande capacité d'emport par convoi, surtout avec la faculté de former des convois réversibles.

Incarnation de cette période, la motrice L, présentée dès 1922 dans un objectif de légèreté et lancée sur les voies du réseau l'année suivante. Elle fut la dernière série de tramways mise en service avant la décision de démanteler le réseau... alors même que la STCRP continua jusqu'en 1930 à plancher sur un tramway moderne.

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Paris - Place Baudoyer - 27 octobre 1922 - Présentation officielle devant la mairie du IVème arrondissement de la nouvelle motrice de tramway de la STCRP : ce sera d'ailleurs le seul construit par celle-ci et le dernier avant le massacre en règle du réseau. (archives BNF)

La suite est à découvrir dans le nouveau dossier Culture et Patrimoine de transportparis. Vous pouvez également vous replonger dans notre série consacrée à l'histoire des tramways parisiens.

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12 août 2022

Mesures sanitaires et vente de tickets dans les bus

L'Ile de France, territoire de contrastes...

Le 1er juillet dernier, bien après tous les autres exploitants de réseaux de bus franciliens, la RATP avait mis fin aux mesures particulières à bord des autobus, supprimant la vente de tickets à bord et limitant sur les autobus standards l'accès par une seule demi-porte avant sur les autobus standards, avec usage systématique de la vitre anti-agression et d'un panneau de plexiglas afin d'isoler le conducteur.

Première interrogation : pourquoi cette différence dans l'application de la levée des restrictions sanitaires entre les différents opérateurs ? L'accès par un seul vantail de la porte avant ne facilitait pas l'usage de l'autobus, ne faisant qu'amplifier la propension à monter par la porte centrale ralentissant encore un peu plus le service.

Deuxième interrogation : la suppression de la vente à bord des autobus a mis en évidence un problème d'équité d'accès au service : seuls les voyageurs disposant d'un smartphone avec un opérateur français en contrat direct pouvaient acheter leur ticket virtuel par ce biais. Pour ceux passant par un organisme tiers, comme une banque, La Poste, l'achat par SMS est impossible. Même chose avec des mobiles professionnels, ce qui réduit significativement la population pouvant utiliser ce moyen d'achat. Si pour de nombreux utilisateurs, l'effet était nul pour cause d'utilisation de tickets en carnet, d'un pass Navigo ou de l'usage d'un smartphone compatible avec l'achat dématérialisé, pour les autres, impossible de ne pas se retrouver en fraude. Or l'exploitant doit permettre en toute circonstance à un voyageur de pouvoir s'acquitter de son trajet.

Troisième interrogation : quelle mouche a donc piqué le tribunal, décidant le 22 juillet dernier, après requête de certains syndicats de la RATP, d'imposer le rétablissement de ces mesures ? L'information a été publiée par l'AUT Ile de France. La même juridiction avait imposé le report de la levée des contraintes, dès lors qu'elles avaient été rendues possibles par le gouvernement, en avril dernier. Si elle est motivée pour des raisons sanitaires, outre la dimension scientifique (pour laquelle le tribunal ne semble pas compétent), il semble que d'autres solutions moins pénalisantes soient envisageables, invitant les conducteurs à porter le masque pendant leur service. Ce qui est surtout difficilement compréhensible, c'est qu'elles ne concernent que les lignes exploitées par un opérateur, certes pas le moins important, mais tout de même, il y a matière à s'interroger sur le fondement de cette décision (et de cette requête) par rapport au contexte général, y compris sanitaire. Quelle est la différence entre un salarié de Keolis ou de Transdev, conduisant un autobus de Versailles, d'Evry ou de Gonesse, et un salarié de la RATP, d'autant que la configuration du véhicule est très souvent identique ?

Quatrième interrogation : pourquoi la dématérialisation de la vente de titres de transport à bord des autobus avance bien moins vite à en Ile de France que dans d'autres villes de France et d'Europe ? Outre l'impossibilité d'achat par SMS avec certains types de forfaits téléphoniques, problème qui n'est ni du ressort de la RATP ni d'Ile de France Mobilités mais d'abord des fournisseurs d'accès, d'autres solutions encore plus fluides existent, comme l'usage de la carte bancaire. Illustration à Lyon, avec le déploiement de nouveaux appareils.

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Evidemment, un tel dispositif est un peu plus complexe à établir sur le réseau francilien avec la composante ferroviaire (et un tarif lié à la distance), mais pourrait déjà lever une contrainte en vue de la suppression totale de la vente à bord par le conducteur.

Cinquième et dernière interrogation : dans un tel schéma, la montée par l'avant dans les autobus standards a-t-elle encore un sens ?

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