Après l'annulation de l'arrêté de fermeture des voies sur berge en rive droite, suite à la requête de la Région Ile de France devant le Tribunal Administratif, la Ville de Paris cherche ostensiblement à ouvrir des contre-feux stratégiques pour faire diversion.

D'après Les Echos, demain, le conseil de Paris examine la proposition d'accorder la gratuité à environ 220 000 parisiens de plus de 65 ans sous condition de ressources, ce qui l'amènera à compenser la perte de recettes à Ile de France Mobilités. A cette occasion, la Ville de Paris devrait lancer une étude portant sur la gratuité des transports à différentes échelles de l'Ile de France. Du côté de la rue de Châteaudun, les oreilles ont dû bouillir car la politique tarifaire est du ressort de l'autorité organisatrice, dont fait partie la Ville de Paris, contribuant à environ 32% au budget d'Ile de France Mobilités. Histoire d'améliorer les relations déjà passablement délicates entre la maire de Paris et la présidente de la Région, il serait question de verser ce sujet dans la campagne d'Anne Hidalgo pour les élections municipales de 2020. Y compris la compensation de la perte de recettes ? Le pas Navigo à tarif unique a déjà fait un trou dans le bas de laine et il faudrait l'agrandir ? Avec l'incertitude sur les modalités de financement de l'exploitation du Grand Paris Express, c'est assurément la bonne voie pour aller dans le mur...

La Ville de Paris cherche à surfer sur la vague de la gratuité, qui fait l'objet d'un débat dans plusieurs agglomérations en Allemagne compte tenu du dépassement des seuils de pollution définis par l'Union Européenne. Cependant, l'analogie s'arrête là car il faut prendre la mesure de l'écart entre la situation parisienne et celle des villes allemandes considérées : quoique très utilisés, les réseaux urbains allemands disposent d'une capacité résiduelle encore conséquente, par une offre importante, avec de nombreux réseaux de tramways maillés. Il suffit de parcourir le réseau d'autobus, le tramway des Maréchaux et les lignes de métro (mettons à part les "bis" et la ligne 10) pour devenir dubitatif...

Les incitations au report modal sont assez difficiles à entendre de la part de la population qui constate - et subit - l'engorgement des transports franciliens et le déficit d'efficacité du réseau de surface. Néanmoins, rappelons que 58% des trajets en voiture en Ile de France se font sur une distance inférieure à un kilomètre, qui ne relèvent donc pas vraiment des transports publics mais plutôt de la marche ou du vélo. La capacité des franciliens à admettre ce changement dépendra évidemment de l'amélioration des conditions de transport et de l'aménagement urbain en faveur des piétons et cyclistes. Bref, tout est affaire de subtilité pour obtenir l'adhésion du plus grand nombre.

Autre contre-proposition, s'inspirant de la récente décision de déclasser l'autoroute dans le coeur de l'agglomération lyonnaise (section Limonest - Lyon sur l'A6 et Lyon - Pierre-Bénite sur l'A7), la transformation du boulevard périphérique en avenue urbaine, également révélée par Les Echos. Il y est même question de tramways, de pistes cyclables, de voies réservées au co-voiturage et aux véhicules propres... et de premières réalisations à l'occasion des Jeux Olympiques de 2024 !

Dans les deux cas, la Ville de Paris semble fonctionner de façon insulaire. Sur le fond, il ne s'agit pas de nier la pertinence d'une trajectoire de réduction de la place accordée à la voiture dans les déplacements, mais de la méthode et des arguments employés, faisant manifestement fi de certaines réalités, de la nécessité d'une coordination à l'échelle de la Région et de s'assurer que les transports en commun ne pâtissent pas des mesures prises pour contraindre le transport routier individuel. On ne réduira pas le trafic automobile sans s'assurer de l'efficacité et de l'acceptabilité des alternatives... ni avec des effets de manche...